# Adam
Cela faisait maintenant quatre jours que j'étais une nouvelle fois rentré au lycée. Mon « étrange voisine », Sarah, dont j'avais appris le nom lors du deuxième jour, avait pris place à côté de moi dans quelques autres cours. Oui, car, souvent, il ne restait que cette place. Ayant beaucoup fréquenté d'écoles, j'avais perdu l'habitude de me nourrir tout les soirs, me croyant assez fort pour résister à l'odeur du sang. Sauf que j'avais oublié un facteur. Sarah. D'habitude, personne ne restait avec moi. Personne ne secouait ses cheveux à côté de moi. Personne ne tenait son cou aussi près de moi. Oh, délivrance, la cloche sonna la fin des cours pour cette journée. Automatiquement, mes yeux se portèrent sur Sarah. J'avais vraiment soif. Si je la suivais ? Là dehors, si je la poussais vers une ruelle... Ou la suivre jusque chez elle... Non. Il était hors de question que je fasse que quoi ce soit. Hors de question que je morde, que je tue, que je boive le sang de quelqu'un. Elle se leva. Et je la suivis. Ah, l'attirer à l'abri des regards... Non. Rien qu'une fois... Non ! Rapidement, nous nous retrouvâmes en dehors du lycée. Sarah ne remarquait pas que je la suivais, mes pas ne faisant naturellement aucun bruit. Un pas, un autre, encore un pas... Nous nous éloignions du lycée, vers les ruelles. Mais je ne tenais plus. L'envie de m'abreuver à elle était beaucoup trop forte. Je la rattrapai en quelque pas, et agrippa ses épaules. Elle me fit face, l'air étonnée. Je la poussais contre le poteau d'un portail, tenant toujours ses épaules.
# Sarah
Ses mains étaient fortes, elles me serraient, elles m'empêchaient tout bonnement de me débattre. Je lui donnais quelques coups de pieds, par habitude, mais en vain. Je le touchais bien, oui, mais pourtant il semblait tout à fait indifférent aux quelques coups reçus. Je n'allais pas me laisser faire ainsi, même si le jeune homme, soit Adam, était quelqu'un qui ne m'était pas totalement inconnu. Je ne savais pas ce qu'il voulait, et je n'avais nullement envie de le savoir. Enfin, il me plaqua contre le mur, ses yeux fixant les miens. Je le regardai en face, en espérant une chose quelconque, je ne savais pas vraiment ce que j'espérais-là... Ses mains, horriblement froides furent alors en contact avec ma peau. J'avais peur, car là, je n'osais pas vraiment me débattre à afin de partir. Et puis surtout, les chances pour que je m'échappe étaient minces. Ses doigts glissaient avec fluidité dans mes cheveux, sa tête, inclinée était près de mon visage. Je ne sentais pas son souffle, je ne sentais que de la froideur, tant celle qui m'emparait tellement j'étais effrayée, tant celle de ses doigts. Il approchait ses lèvres de mon cou, avec un peu de recul cependant. Il s'approchait puis s'éloignait, mais c'était des allers – retours brefs, un peu comme s'il hésitait, ou si une paroi invisible l'en empêchait. Il monta, jusqu'à mon oreille pour chuchoter, dans une voix qui me fit des frissons, mon prénom. Sarah... Tout à coup, il recula, s'en alla se cogner contre le mur opposé. Les cheveux sur son visage clair, ses yeux cachés, il semblait avoir un air... non, pas malheureux. Fatigué, peut-être. Là, je pouvais partir, mais non. Je le regardais, intriguée. Puis discrètement, du moins j'essayais, je commençai à esquisser quelques pas, mais je sentis sa main me rattraper par le bras. Il me fis pivoter, et je retrouvai à la situation initiale : contre le mur. Apparemment soumise. La voix légèrement tremblante, je soufflais son nom, à deux reprises. Mais il ignora. Ses mains s'agrippèrent à ma veste, la tête brièvement appuyée contre le mur, le nez, les lèvres contre les mes cheveux. Adam, Adam, arrête... Malgré toute la peur que j'avais en moi, ces gestes étaient tout sauf brusques, et une odeur horriblement agréable venait me chatouiller les narines, lorsqu'il se collait à moi. Bon Dieu, j'étais incapable de faire quoique se soit lorsqu'on jouait à ce jeu là avec moi là, surtout lui. Certes, je ne connaissais rien à sa personne, mais c'était terriblement intriguant, tout ce qui se passait actuellement. Je ne pouvais nier que je prenais du plaisir – tout en restant effrayée, de voir son visage de si près, ses cheveux me chatouillant avec légèreté mon cou... Il descendit alors ses mains le long de mes bras, puis attrapa mes mains. Tantôt, il en lâcha une, la remonta, puis effleura ma joue. Je sentais une boule dans le ventre, un certain mal aise malgré tout, et sans vraiment réfléchir, je le poussai sur le côté.
Adam, Adam, pourquoi tout ça ?
# Adam
Elle essaya de me repousser, ce que je laissais faire, tant qu'il me restait un peu de lucidité. Pourquoi ne s'enfuyait t-elle pas ? Aimait-elle le danger à ce point là ? Ou ne comprenait-elle pas ? Pourquoi restait-elle plantée là ? Ah, comment était-je sensé ne pas l'attaquer ? Je m'approchais à nouveau d'elle. Sarah n'avait toujours pas bougé, collée au mur. Je me replaçais devant elle, appuyé au mur de mes mains, placées à côté de ses épaules. J'embrassais le haut de sa tête, plus ivre qu'autre chose, n'ayant aucun contrôle sur un corps redevenu celui d'un vampire assoiffé. Je gémis. Cette envie était pitoyable. Mes lèvres redescendirent dans son cou. Troublé, exalté, passionné, fou, déraisonnable. Excessif. Absurde. Ma langue traçait des trainées humides dans son cou, et je pus la sentir frissonner. Dément, inconscient, stupide. Je sentais en moi comme un être revivre, un être sortir du fond de mon corps. Cette chaleur humaine était tellement agréable, cet arrière goût de chair dans la bouche, délicieux. C'était à la fois délicieux, et répugnant. Mais je ne pus m'arrêter d'embrasser son cou, malgré tous les coups qu'elle me donnait, toutes ses paroles qui me suppliaient. Je tenais désormais avec fermeté ses mains, et je n'hésitais pas à resserrer lorsqu'elle semblait avoir trop de liberté. Si une quelconque personne passait par là, en sachant que c'est une ruelle peu empruntée, on nous prendrait simplement pour un couple s'embrassant avec passion. Rien de plus. Il fallait juste que Sarah se taise, qu'elle s'arrête. Non. La seule personne qui devait s'arrêter, était moi. Personne d'autre.
Elle m'était à présent soumise, comme la plupart des victimes. Toutes, car toutes les personnes mordues, étaient des femmes, si je ne me trompais pas, étaient si belles. Toutes avaient ce goût sucré dans leur sang. Toutes gémissaient, de peur, de plaisir... Non, Sarah n'était pas une exception. Sarah était humaine, elle n'était strictement rien d'autre qu'une vulgaire humaine. Elle n'avait rien de particulier, et pourtant je n'arrivais pas à mordre son délicieux cou malgré toute l'envie que j'éprouvais. Ne contrôlant qu'une partie de mes gestes, les autres étant plus ou moins instinctifs, mes lèvres remontèrent le long de son cou, puis effleurèrent enfin ses fines lèvres. Je l'embrassais, encore, encore. Et je ne pouvais nier que je prenais du plaisir à le faire. Etait-ce que je voulais réellement ?Et finalement, mes mains lâchèrent les siennes...
# Sarah
Enfin, Adam recula. J'étais un peu pétrifiée dirais-je, et incapable de faire quoique se soit. Je ne me remettais pas de ce qu'il venait de ce passer : la plupart du temps, ces histoires telle quelle finissait en viol, et pourtant Adam ne se l'était pas permis. Il s'éloigna, se plaqua contre le mur opposé pendant quelques secondes, en me fixant de ses yeux avides, puis se retourna, me montrant désormais son dos. J'ignorais bien ce qui pouvait lui passer par la tête; je devais être fort naïve pour penser cela mais il semblait regretter ? Non, impossible. On ne regrette pas, on simule.
- Qu'est-ce que t'as foutu hein ? C'est un jeu pour toi ? De choper des filles en sortant, et...
Pendant une bonne minute, qui me parut bien longue, il garda le silence. Ensuite, il se retourna vers moi. J'avais l'impression de voir de la sueur sur son front, et ses mains trembler. Je ne devais pas le plaindre, il m'avait attrapée de force, je n'étais nullement consentante, alors lui seul était fautif. Adam ferma alors ses yeux, comme si cela pouvait l'aider à retrouver le contrôle de ses actions.
- Mieux vaut que tu ne saches rien.
Sa voix avait claqué dans ce silence devenu lourd. Ainsi, il valait mieux que j'ignore pourquoi il m'avait tant touchée, tant embrassée ?
- Vraiment ? demandai-je.
Il ne répondit rien, une fois de plus. Je me sentais toujours si mal à l'aise, et mes yeux faisaient alternance entre le sol, et sa silhouette. Je ne savais pas où regarder. Il me jeta un regard assassin, puis commença à s'éloigner de ses pas silencieux.
- J'parlerai pas de ça, affirmai-je. Mais...
- Tu en es réellement capable ? Me coupa-t-il.
Je ne répliquai rien. Je ne savais pas quoi répliquer à dire vrai. Entre toutes ces questions qui me fusaient dans ma tête, pour, à la fin, conclure que la situation n'avait plus rien de normal. Que le cap de la normalité était franchi depuis un bout de temps. Bien sûr que j'étais capable de me taire. Mais lui, était-il capable de retourner au lycée après ça ? Et moi, en étais-je capable ? Lorsque je le relevai la tête, je vis qu'il s'était déjà envolé...