# Introduction

# Introduction
Death whispered a lullaby.
Ou, ce que ça donne quand Jun&Eden se mettent à écrire ensemble une histoire de vampires.
« Certaines choses semblent être vouées à se répéter, à rester ainsi durant l'éternité... Puis un jour, on se rend compte que toutes les choses qu'on croyait sont fausses, et on se réjouit d'avoir ainsi tort. Mais peut-on croire à l'amour après la mort ? Il y a-t-il un moyen de garder sa belle des années encore, afin de sentir ses cheveux soyeux contre sa peau froide, sans pour autant voir la mort frôler ses airs d'enfant innocent ? Cette même mélodie qui résonne à travers mes entrailles depuis des siècles, cette même lassitude dans mes yeux, ces maux lorsque j'y pense un peu trop... Certaines choses restent intactes durant tout ce temps, mais d'autres évoluent. Au final, tant que ça la rendra heureuse... »

# Posté le jeudi 03 avril 2008 14:39

Modifié le mercredi 07 mai 2008 16:20

# 1

# 1
# Sarah.

Les portes étaient ouvertes, je sentais un léger vent d'automne sur le visage, et des élèves bruyants qui s'avançaient progressivement vers l'entrée du lycée. J'avais attendu ce moment avec une certaine impatience, mais maintenant que j'y suis, je crois que les choses ne changeront pas. A part un établissement plus spacieux, des élèves plus grands, rien n'était bien différent. Je commençai alors à me confondre parmi la foule, et finis par pénétrer au sein du lycée. Après quelques minutes d'attente qui me parurent bien longues, seule, on commença à nous parler brièvement de l'établissement, les règles, les cours, les professeurs, les sanctions, comme lorsque nous arrivons en sixième. Evidemment, beaucoup furent déçus par leur classe. Personnellement, je n'attachais aucune importance à de telle futilité, en sachant pertinemment qu'être avec untel ou non ne changera rien. C'était comme ça, et il fallait bien que je m'y fasse. Après avoir passé plusieurs années à espérer, à chaque rentrée, j'ai bien fini par comprendre que c'était vain. Alors, lorsque j'entendis mon nom, je m'avançai, puis me plaçai derrière les quelques autres élèves déjà appelés. Une fois la classe faite, nous commencions à nous diriger, accompagné par le professeur principal, dans une des salles de classe. Déjà, je pouvais apercevoir les quelques filles qui s'étaient regroupées, apparemment heureuses d'être dans la même classe, un couple se coller l'un contre l'autre, quelques garçons qui discutaient, trouvant ça «cool» d'être ensemble. Au fond, je les enviais un peu. Je ne pouvais le nier : j'aurai donné bien des choses pour pouvoir serrer dans mes bras quelqu'un que j'aime, sentir jusqu'à n'en plus finir cette odeur sucrée collée à son cou, fixer ses yeux sans relâche, encore, et encore... Nous voilà installés dans une salle banale. Des tables à deux, un tableau noir, un bureau, comme toujours. Cette année, notre professeur principal était celui de Français, femme qui devait avoir la trentaine, des cheveux noirs, attachés lui retombant dans le dos. Un teint légèrement mat, des yeux apparemment foncés, de la place où je suis, soit dans le fond, apercevoir précisément sa couleur des yeux étaient presque impossible. Avec sa voix puissante, elle commença à expliquer avec détails le déroulement des cours, les emplois du temps...

# Adam.

L'éternité, c'est bien long. En général, on parvient à l'oublier, mais il y a des moments où ça nous frappe. Comme quand on passe les portes d'un lycée pour la énième fois. Voir tout ces gens superficiels, sautant de joie de se revoir, s'embrassant, se collant les un aux autres. En plus de l'ennui que pourrais ressentir un humain normal, moi, vampire, devait supporter l'odeur tentatrice de leur sang. Même, si au fil du temps, elle s'atténuait. Je doute que vous puissiez comprendre. C'est un peu comme si l'odeur de votre aliment préféré était toujours dans l'air, mais pourtant l'objet reste insaisissable. La comparaison est sans doutes très mal choisie, mais cela fait trop longtemps que je ne suis plus humain pour savoir ce que sont leurs sentiments. Ce qui n'est pas si grave, être si futile ne m'intéresse pas. Je marchais donc vers un surveillant, qui annonçait la répartition des classes, d'une voix égale, criant parfois, pour surpasser le bruit du chahut. Nouvelle classe, nouveaux élèves. Mais ça ne rendrais pas les cours plus intéressants. Rajoutons à ça le fait que les humains me craignent naturellement, et que leur instinct de survie les poussent à se tenir éloignés de moi. De quoi éloigner toute compagnie, même si par miracle une pourrais se révéler charmante.
- Adam Dayhs ! Prononça la voix du surveillant.
Je soupirais et m'avançais avec les autres désignés, qui commençaient déjà à marcher vers les bâtiments. Je les suivais de loin, n'ayant pas plus envie que ça de finir dans la masse. A vrai dire, je m'étais installé de côté, contre un poteau, attendant que tous les lycéens aient rejoint le lycée. Être en retard ? Cela ne changerait pas grand-chose. Les derniers élèves s'éloignèrent, alors, je les suivis d'une démarche lente. Les couloirs étaient quasiment vides. Ma salle de classe se trouvait au deuxième étage. Je toquais à la porte, conscient d'être le bon dernier arrivé. J'ouvris la porte avant même d'avoir eu une réponse, ce qui parut irriter notre professeur.
- Merci de nous honorer de votre présence.
- Désolé du retard.
Je balayais la classe du regard. Il ne restait qu'une place, au fond, à côté d'une jeune femme. Je trainais les pieds jusqu'à la dite place, jetais mon sac à côté de la chaise et m'assis.

# Sarah

A ce moment-ci, on entendit quelques coups sur la porte de bois venir perturber le long discours du professeur. Une fine silhouette masculine apparut. Etrangement, il avait quelque chose... Quelque chose de troublant. Comme la plupart des autres étudiants, je le fixais, suivant des yeux, le voyait s'approcher. Je n'avais pas compris que la seule place de libre était celle qui était à côté de moi. Je détournai la tête, l'air distraite. Pendant qu'on nous expliquait encore le règlement que j'écoutais d'ailleurs d'une oreille, je ne pouvais m'empêcher de tourner les yeux vers ce jeune homme. Pourtant, il n'avait rien de particulier, ce n'était pas Dieu, ni rien qui lui était égal. Un jeune homme parmi tant d'autres, mais pourtant, il m'intriguait énormément. Midi avait sonné, et il était donc l'heure de se rendre au réfectoire. Après avoir rejoins quelques filles avec qui je m'entendais plus ou moins, nous nous dirigions vers les lourdes portes de la cantine. Sans grande surprise, il y avait déjà une file, mais elle semblait avancer relativement vite. Alors, nous allions à la suite, et discutions de tout et de rien. A ce moment là, pendant qu'elles parlaient de sujets bien divers et variés, j'aperçus cet inconnu dans ma classe. Pendant toute les heures où j'ai pu l'observer discrètement, je n'avais pas encore entendu, ou lu son nom. Je m'imaginais bien des choses, voir quels prénoms pouvaient coller à son visage. Romain, Antoine, Charles... ? Non, c'était bien trop bref, trop évasif, et au final, je saurai bien ce prénom un jour.

# Adam.

J'étais assis à une table de la cantine, seul, comme toujours. Sans aucune nourriture. Je n'avais pas l'envie d'avaler quelconque aliment, car ceux-ci ont tout simplement un gout immonde pour moi. D'habitude, j'en aurais tout de même mangé, pour éviter de passer suspect. Aujourd'hui, je préférais d'autres occupations, et ce « premier jour » de lycée ne m'inspirais pas vraiment. De plus, mon étrange voisine de classe m'intéressait. Bizarrement. Elle n'avait pas l'air comme les autres, différente. Je lui jetais un coup d'½il. Ses longs cheveux bruns foncés, presque noirs, retombaient librement sur ses épaules, en accord avec ses yeux bruns, regard vif. Sa peau n'était pas pâle, ni bronzée, normal, allons-nous dire. Elle était habillée simplement, ne semblant vraiment pas vouloir s'encombrer de détails, ne pas être superficielle. Au contraire des autres. Oui, elle m'intriguait vraiment. Je me rendis compte que je l'observais depuis quelques temps, et baissa alors rapidement les yeux. Mais elle m'avait surement déjà remarqué
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# Posté le jeudi 03 avril 2008 14:46

Modifié le vendredi 02 mai 2008 08:06

# 2. La chair et le sang.

# 2. La chair et le sang.

# Adam

Cela faisait maintenant quatre jours que j'étais une nouvelle fois rentré au lycée. Mon « étrange voisine », Sarah, dont j'avais appris le nom lors du deuxième jour, avait pris place à côté de moi dans quelques autres cours. Oui, car, souvent, il ne restait que cette place. Ayant beaucoup fréquenté d'écoles, j'avais perdu l'habitude de me nourrir tout les soirs, me croyant assez fort pour résister à l'odeur du sang. Sauf que j'avais oublié un facteur. Sarah. D'habitude, personne ne restait avec moi. Personne ne secouait ses cheveux à côté de moi. Personne ne tenait son cou aussi près de moi. Oh, délivrance, la cloche sonna la fin des cours pour cette journée. Automatiquement, mes yeux se portèrent sur Sarah. J'avais vraiment soif. Si je la suivais ? Là dehors, si je la poussais vers une ruelle... Ou la suivre jusque chez elle... Non. Il était hors de question que je fasse que quoi ce soit. Hors de question que je morde, que je tue, que je boive le sang de quelqu'un. Elle se leva. Et je la suivis. Ah, l'attirer à l'abri des regards... Non. Rien qu'une fois... Non ! Rapidement, nous nous retrouvâmes en dehors du lycée. Sarah ne remarquait pas que je la suivais, mes pas ne faisant naturellement aucun bruit. Un pas, un autre, encore un pas... Nous nous éloignions du lycée, vers les ruelles. Mais je ne tenais plus. L'envie de m'abreuver à elle était beaucoup trop forte. Je la rattrapai en quelque pas, et agrippa ses épaules. Elle me fit face, l'air étonnée. Je la poussais contre le poteau d'un portail, tenant toujours ses épaules.

# Sarah


Ses mains étaient fortes, elles me serraient, elles m'empêchaient tout bonnement de me débattre. Je lui donnais quelques coups de pieds, par habitude, mais en vain. Je le touchais bien, oui, mais pourtant il semblait tout à fait indifférent aux quelques coups reçus. Je n'allais pas me laisser faire ainsi, même si le jeune homme, soit Adam, était quelqu'un qui ne m'était pas totalement inconnu. Je ne savais pas ce qu'il voulait, et je n'avais nullement envie de le savoir. Enfin, il me plaqua contre le mur, ses yeux fixant les miens. Je le regardai en face, en espérant une chose quelconque, je ne savais pas vraiment ce que j'espérais-là... Ses mains, horriblement froides furent alors en contact avec ma peau. J'avais peur, car là, je n'osais pas vraiment me débattre à afin de partir. Et puis surtout, les chances pour que je m'échappe étaient minces. Ses doigts glissaient avec fluidité dans mes cheveux, sa tête, inclinée était près de mon visage. Je ne sentais pas son souffle, je ne sentais que de la froideur, tant celle qui m'emparait tellement j'étais effrayée, tant celle de ses doigts. Il approchait ses lèvres de mon cou, avec un peu de recul cependant. Il s'approchait puis s'éloignait, mais c'était des allers – retours brefs, un peu comme s'il hésitait, ou si une paroi invisible l'en empêchait. Il monta, jusqu'à mon oreille pour chuchoter, dans une voix qui me fit des frissons, mon prénom. Sarah... Tout à coup, il recula, s'en alla se cogner contre le mur opposé. Les cheveux sur son visage clair, ses yeux cachés, il semblait avoir un air... non, pas malheureux. Fatigué, peut-être. Là, je pouvais partir, mais non. Je le regardais, intriguée. Puis discrètement, du moins j'essayais, je commençai à esquisser quelques pas, mais je sentis sa main me rattraper par le bras. Il me fis pivoter, et je retrouvai à la situation initiale : contre le mur. Apparemment soumise. La voix légèrement tremblante, je soufflais son nom, à deux reprises. Mais il ignora. Ses mains s'agrippèrent à ma veste, la tête brièvement appuyée contre le mur, le nez, les lèvres contre les mes cheveux. Adam, Adam, arrête... Malgré toute la peur que j'avais en moi, ces gestes étaient tout sauf brusques, et une odeur horriblement agréable venait me chatouiller les narines, lorsqu'il se collait à moi. Bon Dieu, j'étais incapable de faire quoique se soit lorsqu'on jouait à ce jeu là avec moi là, surtout lui. Certes, je ne connaissais rien à sa personne, mais c'était terriblement intriguant, tout ce qui se passait actuellement. Je ne pouvais nier que je prenais du plaisir – tout en restant effrayée, de voir son visage de si près, ses cheveux me chatouillant avec légèreté mon cou... Il descendit alors ses mains le long de mes bras, puis attrapa mes mains. Tantôt, il en lâcha une, la remonta, puis effleura ma joue. Je sentais une boule dans le ventre, un certain mal aise malgré tout, et sans vraiment réfléchir, je le poussai sur le côté.
Adam, Adam, pourquoi tout ça ?

# Adam


Elle essaya de me repousser, ce que je laissais faire, tant qu'il me restait un peu de lucidité. Pourquoi ne s'enfuyait t-elle pas ? Aimait-elle le danger à ce point là ? Ou ne comprenait-elle pas ? Pourquoi restait-elle plantée là ? Ah, comment était-je sensé ne pas l'attaquer ? Je m'approchais à nouveau d'elle. Sarah n'avait toujours pas bougé, collée au mur. Je me replaçais devant elle, appuyé au mur de mes mains, placées à côté de ses épaules. J'embrassais le haut de sa tête, plus ivre qu'autre chose, n'ayant aucun contrôle sur un corps redevenu celui d'un vampire assoiffé. Je gémis. Cette envie était pitoyable. Mes lèvres redescendirent dans son cou. Troublé, exalté, passionné, fou, déraisonnable. Excessif. Absurde. Ma langue traçait des trainées humides dans son cou, et je pus la sentir frissonner. Dément, inconscient, stupide. Je sentais en moi comme un être revivre, un être sortir du fond de mon corps. Cette chaleur humaine était tellement agréable, cet arrière goût de chair dans la bouche, délicieux. C'était à la fois délicieux, et répugnant. Mais je ne pus m'arrêter d'embrasser son cou, malgré tous les coups qu'elle me donnait, toutes ses paroles qui me suppliaient. Je tenais désormais avec fermeté ses mains, et je n'hésitais pas à resserrer lorsqu'elle semblait avoir trop de liberté. Si une quelconque personne passait par là, en sachant que c'est une ruelle peu empruntée, on nous prendrait simplement pour un couple s'embrassant avec passion. Rien de plus. Il fallait juste que Sarah se taise, qu'elle s'arrête. Non. La seule personne qui devait s'arrêter, était moi. Personne d'autre.
Elle m'était à présent soumise, comme la plupart des victimes. Toutes, car toutes les personnes mordues, étaient des femmes, si je ne me trompais pas, étaient si belles. Toutes avaient ce goût sucré dans leur sang. Toutes gémissaient, de peur, de plaisir... Non, Sarah n'était pas une exception. Sarah était humaine, elle n'était strictement rien d'autre qu'une vulgaire humaine. Elle n'avait rien de particulier, et pourtant je n'arrivais pas à mordre son délicieux cou malgré toute l'envie que j'éprouvais. Ne contrôlant qu'une partie de mes gestes, les autres étant plus ou moins instinctifs, mes lèvres remontèrent le long de son cou, puis effleurèrent enfin ses fines lèvres. Je l'embrassais, encore, encore. Et je ne pouvais nier que je prenais du plaisir à le faire. Etait-ce que je voulais réellement ?Et finalement, mes mains lâchèrent les siennes...

# Sarah

Enfin, Adam recula. J'étais un peu pétrifiée dirais-je, et incapable de faire quoique se soit. Je ne me remettais pas de ce qu'il venait de ce passer : la plupart du temps, ces histoires telle quelle finissait en viol, et pourtant Adam ne se l'était pas permis. Il s'éloigna, se plaqua contre le mur opposé pendant quelques secondes, en me fixant de ses yeux avides, puis se retourna, me montrant désormais son dos. J'ignorais bien ce qui pouvait lui passer par la tête; je devais être fort naïve pour penser cela mais il semblait regretter ? Non, impossible. On ne regrette pas, on simule.

- Qu'est-ce que t'as foutu hein ? C'est un jeu pour toi ? De choper des filles en sortant, et...

Pendant une bonne minute, qui me parut bien longue, il garda le silence. Ensuite, il se retourna vers moi. J'avais l'impression de voir de la sueur sur son front, et ses mains trembler. Je ne devais pas le plaindre, il m'avait attrapée de force, je n'étais nullement consentante, alors lui seul était fautif. Adam ferma alors ses yeux, comme si cela pouvait l'aider à retrouver le contrôle de ses actions.

- Mieux vaut que tu ne saches rien.

Sa voix avait claqué dans ce silence devenu lourd. Ainsi, il valait mieux que j'ignore pourquoi il m'avait tant touchée, tant embrassée ?

- Vraiment ? demandai-je.

Il ne répondit rien, une fois de plus. Je me sentais toujours si mal à l'aise, et mes yeux faisaient alternance entre le sol, et sa silhouette. Je ne savais pas où regarder. Il me jeta un regard assassin, puis commença à s'éloigner de ses pas silencieux.

- J'parlerai pas de ça, affirmai-je. Mais...
- Tu en es réellement capable ? Me coupa-t-il.

Je ne répliquai rien. Je ne savais pas quoi répliquer à dire vrai. Entre toutes ces questions qui me fusaient dans ma tête, pour, à la fin, conclure que la situation n'avait plus rien de normal. Que le cap de la normalité était franchi depuis un bout de temps. Bien sûr que j'étais capable de me taire. Mais lui, était-il capable de retourner au lycée après ça ? Et moi, en étais-je capable ? Lorsque je le relevai la tête, je vis qu'il s'était déjà envolé...

# Posté le lundi 07 avril 2008 11:23

Modifié le lundi 05 mai 2008 16:23

# 3

# Adam

Après cette confrontation, je m'étais directement dirigé vers la forêt. Chasser, oui chasser. Maintenant, c'était la seule chose qui importait – m'importait. Chasser, pour que le monstre assoiffé de sang ne revienne pas. Qu'il se taise, qu'il arrête de murmurer dans ma tête. Ses paroles étaient insistantes, « Pourquoi ? Pourquoi ne l'as-tu pas tuée ? » Le monstre refusait de se taire. Ah, les bois, enfin. Je voulais simplement m'abreuver à un animal. J'avais passé le temps où je tuais des humains; car au moment où l'on découvre que les vampires sont dotés d'une conscience, celle-ci prends un coup vraiment dur. On ne peut pas oublier le nombre de personnes que l'on a tué, a par si l'ont est complètement fou – ce que je n'étais pas. Il était à peu près dans les dix-sept heures, un jour de semaine, personne ne trainerais par ici. Je savais exactement où se cachaient les animaux, pour avoir eu à chasser depuis longtemps. Vous savez, parfois, vous apercevez une biche, courant à toute vitesse dans les bois. Et bien moi, je sais où elle part se cacher. Mon terrain de chasse favori.
Une clairière. Il suffisait d'attendre qu'un animal se risque à traverser, ce qui était fréquent. Ainsi, je n'eus pas à attendre longtemps avant qu'une biche passe, à quelques mettre de moi. Le monstre en moi s'agita. J'étais beaucoup plus rapide que le pauvre animal, il n'aurait aucune chance. « Tuer » siffla le monstre. Il devenait incontrôlable. Et moi aussi. En moins d'une seconde, j'avais agrippé de cou de l'animal, qui se stoppa et essaya de se débattre. Tout simplement, je lui tordis le cou. La biche tomba lourdement sur le sol. Je plantais mes crocs dans sa gorge, et en aspira brutalement le sang. J'eus rapidement vidé l'animal de tout son sang. J'avais retrouvé mes esprits. Assez pour sentir une odeur familière. Je parcourais la clairière du regard. Je vis d'abord un animal de taille moyenne, brun, traverser le couvert des arbres. Je l'identifiai comme un chien. Il devait donc surement avoir un maître. C'est alors que celui-ci rejoignit l'animal. Je le reconnu immédiatement. Ou plutôt, la. Que faisait-elle ici ? Pourquoi Sarah venait t-elle en pleine forêt ?

# Sarah

Mais c'était que ce cher Adam ignorait des choses. Après ce qui c'était passé, rentrer chez moi, sourire à mes parents, et se dire que rien n'avait eu lieu, n'étaient pas dans mes habitudes. J'étais bien incapable de faire ça, même si mentir n'était pas une chose qui m'était difficile. Alors, les bois. Coin isolé, à part quelques rares sportifs qui couraient, c'était un endroit plutôt tranquille.
La tête remplie, troublée, je cherchais. Je cherchait à comprendre pourquoi, pourquoi tout cela s'était déroulé. Pourquoi il m'avait prise moi, alors que j'étais loin d'être une des plus jolies, des plus sociables, des plus sympathiques. J'étais bien banale, et pourtant Adam m'avait prise. Oh non, peut-être était-ce pour cela ? Cible facile. Je soupirai, fatiguée. En plus des évènements, il fallait que je me dise que ça.
Soudain, quelques bruits de feuilles se firent entendre. Sur mes gardes depuis ce qui s'était produit, je me retournai rapidement, légèrement paniquée. Entendre des bruits dans ce coin là était normal. Mais là, ça ne l'était pas. Une silhouette masculine était dressée devant moi. Je la connaissais, oui. Evidemment, il a fallu que se soit lui. J'aurai encore préféré rencontrer ces idiotes de filles qui ne pensent qu'à leurs ongles, ou ces garçons qui s'arrêtent aux préjugés. Adam. Silence. Fuite. Je me mis à courir. Je n'avais jamais aimé fuir ainsi, mais là je ne pouvais rivaliser. J'étais bien incapable, et j'avouais que Adam me troublait beaucoup. Maladroite, stressée, impuissante, je courrais au travers de la clairière, avant de m'enfoncer parmi les arbres. Des plantes basses, des racines puissantes ressortant de la terre, j'étais trop préoccupée à regarder derrière moi pour voir si Adam me suivait, que j'arrivais à trébucher à plusieurs reprises, à me prendre des branches dans les jambes. Finalement, je ralentis, haletante. Je ne voyais pas d'Adam aux alentours, alors je m'arrêtai, le corps contre un arbre, la froideur de l'écorce contre ma peau. Je soufflais, je soufflais, et j'espérais. Je n'avais pas besoin de ça pour aller mieux, j'avouais avoir envie de certains contacts physiques, certaines marques d'affection, mais pas ça. Désormais dos à l'arbre, les mains sur les cuisses, le dos courbé, les yeux mi-clos, je n'entendais que mon souffle.

# Adam

Mon corps était encore préparé à la chasse, mes muscles étaient tendus, j'étais prêt à bondir sur une proie – Elle. Le Monstre s'était tut, rassasié, il n'en restait que quelques murmures que je pouvais facilement ignorer. J'aurais pu m'enfuir, mais seul le Diable sait pourquoi, je m'étais approché d'elle. Mes sens de prédateurs étaient à présents complètement en alerte, et je flairais Sarah facilement. J'arrivais derrière elle, mes pas étant silencieux, elle ne m'avait pas entendu venir.
« Bonjour. »
Elle sursauta et se retourna vivement vers moi.
« - Qu'est ce que tu fait ici ? Lança-t-elle.
- Je me balade... répondis-je, évasif.
- Tu te balades. Et tu viens me parler, hein.
- Je viens... m'excuser, dis-je, malgré ma difficulté à abandonner ma fierté pour des excuses.
- Tu penses que t'excuser va suffire ?
- Non, soupirais-je.
- Explique moi ! réclama-t-elle.
- Je ne peux pas, grondais-je, énervé. »

Mais Sarah semblait têtue, tenace. Elle persistait, et je continuais de marmonner silencieusement; mais avec cet air indifférent que je conservais sur ma figure en toute situation. Elle commençait à hausser la voix, je serrai mon poing, le regard sur le côté. Je m'humectai à plusieurs reprises et consécutivement les lèvres, respirai profondément, essayais de garder mon calme. Ce n'était pas chose facile; en plus d'avoir cette terrible envie de la frôler et m'abreuver tant son odeur était subtile, il fallait qu'elle commence à me questionner en grondant.

« La ferme. » soufflai-je.

Alors, elle s'interrompit sur le champ. Je reposai mes yeux sur son visage insatisfait, laissant le silence s'installer quelques instants, avant qu'elle ne me lance d'une voix colérique :

« T'es pas foutu d'assumer, avoue. »

# Sarah

« - T'es pas mieux que moi, me répliqua-t-il. Qu'est-ce que ça te ferait d'entendre les autres dire que t'as failli te faire violer et que t'y as éprouvé du plaisir hein ?
- M'invente pas de bêtises pareilles ! Qui te dit que j'étais contente de savoir que tu m'embrassais ?
- Ça se sentait bon sang ! »

Je me tus. Je n'avais rien d'autre à faire de toute façon. Il était vrai, j'avais éprouvé un certain sentiment que l'on pourrait nommé plaisir, lorsqu'il me frôlait de ses doigts.

« J'ai bien vu, souffla-t-il, en ricanant légèrement.
- T'es pathétique de croire ça.
- Tu te défends en me rabaissant.
- Tu me gonfles. »

Je lui jetai un regard noir, puis tournai les talons et m'en allai. J'étais impatiente de quitter ces lieux et rien que ne plus l'avoir dans mon champ de vision me soulagea.
Oui, il avait raison.
La tête basse je continuais à avancer; une boule dans le ventre; des sortes de frissons dans le dos; des doigts qui ne pouvaient rester sans bouger, que j'avais enfouis dans ma manche... Je respirais profondément, me mordais la lèvre inférieure par moment, jusqu'à ce que sa voix s'élève. Je m'arrêtai net, la tête relevée, les yeux fixes.

« Tu t'en sortiras pas comme ça. »

J'avalai ma salive à ce moment-ci. Je ne le connaissais pas; je ne savais pas du tout de quoi il était capable, alors cette fois-ci, cette façon de tenir tête, il fallait que je la contienne, au risque de me prendre davantages la tête avec de telles choses. Non, ce n'était pas des futilités, mais au fond, il était bien possible de faire semblant d'oublier et de reprendre le rôle de Sarah, demoiselle effacée.

Je sursautai. Quelque chose, une main, Adam. Je me retournai rapidement pour le voir, une fois encore, si près de moi. Il avait l'air neutre, cette même froideur, et pourtant, au fond j'avais l'impression qu'il n'était pas aussi renfermé qu'on pouvait le croire, mais cela n'était qu'une proposition, suggestion. Je pouvais avoir totalement tort. Alors, sur ce visage s'étira un fin sourire, qui me sembla à la fois malicieux et méprisant. Mais il ne dit rien. Silence. Son sourire n'était plus; et il s'en alla.

# Posté le lundi 05 mai 2008 15:32

Modifié le lundi 05 mai 2008 15:53